Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l'intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l'assistance de la psychologue Alice Kinnian, d'appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d'esprit employé dans une boulangerie. C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d'Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d'un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à l'état de bête...





Présentation
Comme le soulevais Arutha il y a quelques temps de cela, je relisais dernièrement ce roman car je tenais absolument à le chroniquer au sein de "Quadrant Alpha" et ma dernière rencontre avec Charlie Gordon datait de la fin des années 80. Daniel Keyes a peu écrit, c'est le moins que l'on puisse dire. Et quand on voit les deux romans qu'on lui doit on se dit que c'est particulièrement dommage. "Des fleurs pour Algernon", malgré ce qu'en disent parfois certains, est bien un roman de Science-Fiction. Il est même l'ambassadeur d'une Science-Fiction émotionnelle, intellectuelle et prospective. On l'oublie souvent, mais la SF ne se limite pas aux Space-Opera, à l'uchronie, à la Hard-Science, au Cyberpunk et à tous ces autres grands courants. La Science-Fiction c'est aussi (et peut être même surtout) une manière de s'interroger sur nos civilisations et sur nous même en se projetant dans l'avenir. Soit de manière prospective, soit pour obtenir une distanciation parfois salutaire de notre quotidien. Ce que les Anglos-Saxons appellent "What if ?" (Et Si ?). Et si l'on avait la capacité neurobiologique de rendre à nos contemporains, déficients mentalement, une capacité intellectuelle totale, voir supérieure... ? Que se passerait il ? A cette question, Daniel Keyes répond avec un brio rare et un humanisme qui réchauffe le coeur.
Le style est ici au service de l'histoire. Le récit est écrit à la première personne, il prends la forme épistolaire de compte rendus d'un "cobaye" d'une expérience médicale, et relate par la syntaxe et l'orthographe l'éveil du patient à une intelligence que la nature lui avait refusé jusqu'à présent. Cela plonge le lecteur au plus profond des pensées même de Charlie Gordon. Un trentenaire au QI équivalent à celui d'un enfant de 6 ans. Par son entremise nous percevons tout à la fois la méchanceté crasse de la plupart de ces proches, le rejet de cet être différent qui fait peur et qui incommode. Mais aussi ces craintes, ces frayeurs, ces envies, ces rèves... Nous suivrons Charlie avant, pendant et après cette expérience. Le verrons évoluer avec une rare flamboyance vers un statut de génie. Lui l'attardé, l'idiot, nous le verrons prendre conscience de sa propre existence, de l'univers qui l'entoure, de la nature humaine de ces autres dont nous sommes. Puis, féru de ces nouvelles connaissances, parlant plus de 20 langues, en remontrant aux experts, nous le verront s'avilir lui même dans des réactions méprissables vis à vis de ceux qui lui sont désormais inférieurs. Avant de s'interroger et de comprendre...
La dernière partie est tragique. Elle nous amènera à accompagner Charlie dans sa rapide régression intellectuelle. Sciemment, en pleine conscience, avec nostalgie et une force de caractère peu commune, il se verra redevenir l'idiot d'avant, irrémédiablement. Pour le lecteur ce sera un choc. Prévenu ou non par le quatrième de couvertute, personne n'y échappera. Et le lecteur l'accompagnant dans cet ultime voyage, de s'interroger sur la place que nos sociétés font à ces êtres humains, sur ces regards fuyants qu'on a trop souvent à leur contact, de cette humanité qui souvent se montre si inhumaine. "Des fleurs pour Algernon" est un hymne à l'amour. A l'amour de l'autre, du différent, du laissé pour compte. Le petit cri effrayé d'un enfant coincé dans un corps d'adulte, qui souhaite plus que tout se sentir aimer et exister au travers du regard des autres. Ce regard qui trop souvent juge l'apparence, ce regard compatissant n'est que prémisse à moqueries.
Si au détour de vos blogs, au sein de vos relations, parmi vos discutions passionnées concernant les littératures de l'imaginaire, vous êtes amenés à faire la rencontre de quelqu'un qui, d'un revers de la main, chasse la Science-Fiction de ces lectures ou de ces attentions, faites lui cadeau de cette oeuvre. Laissez passer quelques temps, car cette oeuvre demande à être assimilée. Revenez vers lui quelques temps plus tard, et écouter ce qu'il a à vous dire. Depuis de nombreuses années c'est une façon simple que j'utilise pour éveiller à la science-fiction. Je n'ai jamais croiser quelqu'un qui soit rester insensible à la tragédie de Charlie. Aucun lecteur qui ne se soit alors sérieusement poser la question de sa relation avec la SF. Certains cacheront le fait, d'autres s'en ouvriront à vous, mais ils ne sont pas légion ceux qui n'aurons écraser une larme en tournant la dernière page... Un des monuments de la SF tout simplement ! Une oeuvre "un teli gentte et pro fondémen umène" !

"Question-SF", "Carnet de lectures", "Madame Charlotte".
"Mes lectures de l'Imaginaire", "Naufragés Volontaires"
Edition : J'ai Lu
Collection : Science-Fiction
Parution : Avril 2001
Auteur : Daniel Keyes
Traducteur : Georges H. Galley
Pages : 252
ISBN : 2290312959
Prix Indicatif : 4,56 Euros
Titre Original : Flowers for Algernon
Parution Originale : Avril 1959 (Nouvelle), Mars 1966, chez Harcourt (Roman)



























12 interventions:
Ah, quel souvenir celui-là ! Il faut croire qu'on utilise la même méthode de "sensibilisation"...
Je l'ai déjà dit, donc je me répète : ce roman est sublimissime. En lisant ta chronique et rien de que repenser à ce monument de sensibilité (pas de sensiblerie), j'avais la chair de poule et des larmes commençaient à pointer au bord de mes yeux. Oui, proclamons-le bien fort : Des fleurs pour Algernon est 100% pur S.F. mais surtout 200% pure littérature humaniste.
Un classique incontournable à lire et relire.
Ca fais plaisir à voir cette belle unanimité autour des aventures de Charlie !
J'ai mis un lien de mon article vers le tiens. Les gens pourront effectivement voir à quel point les avis peuvent être divergents.
Bon sang, et dire que je n'ai pas pleuré. Je dois être moins sensible depuis la mort de ma fille :-(.
En fait d'unanimité j'ai sans doute parlé trop vite... Je viens également de pointer ta chronique de même de manière à ce que nos lecteurs respectifs puissent se faire leur propre idée, grâce à nos expériences différentes mais complémentaires.
Il ai des tragédies personnelles oh combien douloureuses qui tendent en effet à modifier notre perception personnelle et nos sentiments...
Merci de m'avoir fait découvrir ce livre :)
Merci à toi Olya c'est sans doute le plus doux des commentaires laissé sur Quadrant Alpha depuis sa création. Tu justifies d'un seul coup toutes les heures que j'y consacre. Bonne soirée ;o)
D'accord à 1000% avec ta critique. Je l'ai lu récemment et il m'a fait un sacré effet.
Un peu déçu par ce roman: l'intrigue de base est alléchante mais au final, elle me paraît sous-exploitée, ou plutôt pas bien exploitée. Le style est aussi un peu décevant, et je garde le souvenir d'un texte un peu brouillon. Peut-être que j'en attendais trop...
Parler de style décevant et de texte un peu brouillon s'agissant d'un narrateur retardé mentalement, fallait l'oser celle-là ;o)
Nicolas voulais sans doute dire que l'auteur n'avait pas réussi selon lui à retranscrire cet état de fait justement ? Moi j'ai trouvé au contraire qu'il y était parvenu avec brio.
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